Le documentaire du réalisateur Matsubayashi Yoju, « Okinawa Saudade », suit Yumi, interprète du Ryukyu Buyo, la danse classique d’Okinawa, et Everton, qui enseigne l’Eisa au Brésil. Tous deux se rendent à Okinawa dans le cadre d’un voyage d’échange afin de découvrir l’histoire et la culture de l’île. Le film est présenté dans la sélection Nippon Cinema Now du 39e Festival international du film de Tokyo.

Le projet est né du séjour de Matsubayashi au Brésil en 2016, lorsqu’il a découvert le déplacement forcé, pendant la guerre, de Brésiliens d’origine japonaise depuis Santos. Les Okinawaïens représentaient environ 60 % des personnes contraintes de partir, une histoire qu’il a explorée dans son documentaire de 2020, « Okinawa/Santos ». Grâce à ce film, il a fait la connaissance d’Urizunkai, la communauté brésilienne d’origine okinawaïenne, et a découvert les échanges de formation et de bourses avec Okinawa.

Ses recherches à Bunkyo, un centre culturel de São Paulo, ont permis à Matsubayashi de consulter de nombreuses archives sur les immigrants japonais. Il a été frappé par le nombre de documents conservés par les Okinawaïens, faisant remarquer que leurs archives étaient presque aussi volumineuses que celles des immigrants originaires des 46 autres préfectures.

Matsubayashi explique que l’accueil de la communauté a changé son rapport au sujet. Bien qu’il ne soit pas originaire d’Okinawa, les personnes qu’il a interviewées l’ont accueilli en invoquant le dicton okinawaïen « Ichariba choodee », selon lequel les gens sont frères et sœurs. Il affirme que les liens noués pendant la réalisation d’« Okinawa/Santos » lui ont permis de faire ce nouveau film, les membres de la communauté ayant contribué à en organiser la production.

Le voyage d’échange s’est concrétisé autour d’événements survenus en 2024. Matsubayashi avait appris que le Brésil présenterait des excuses officielles aux victimes du déplacement forcé et que des Brésiliens d’origine okinawaïenne pourraient obtenir des bourses pour participer à un programme d’échange. En juillet de cette année-là, la Commission d’amnistie du Brésil a présenté ses excuses pour les persécutions subies après la guerre par les immigrants japonais.

Le documentaire aborde la quête identitaire à travers la danse. Matsubayashi distingue l’Eisa traditionnelle de l’Eisa créative, apparue au Brésil il y a environ 45 ans. L’Eisa traditionnelle utilise le sanshin et associe chant et danse, tandis que l’Eisa créative ne nécessite pas cet instrument. Il estime que la forme brésilienne peut, elle aussi, être considérée comme une tradition.

Matsubayashi décrit le film comme un récit à la première personne partagé par Yumi, Everton et lui-même, les trois se demandant qui ils sont. Selon lui, le fait de centrer le film sur la danse apporte davantage d’émotion et un point de vue plus subjectif que dans « Okinawa/Santos », construit autour d’entretiens et de témoignages.

Le réalisateur explique également qu’il est devenu difficile de financer des documentaires japonais. Auparavant, il utilisait les revenus de son travail pour la télévision NHK afin de financer ses films suivants, mais il affirme que le diffuseur subit des contraintes budgétaires. Il ajoute qu’une subvention de la préfecture d’Okinawa a été indispensable pour achever la postproduction d’« Okinawa Saudade ».

Sources: Variety.